Quand une forêt disparaît, les chimpanzés disparaissent avec elle : c’est le combat d’Akatia en Côte d’Ivoire.

Depuis 1960, la Côte d’Ivoire a perdu plus de 80 % de son couvert forestier, passant d’environ 16 millions d’hectares à moins de 3 millions. Cette disparition des habitats naturels constitue l’une des principales menaces pour la biodiversité du pays, et notamment pour le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest (Pan troglodytes verus), classé En danger critique d’extinction par l’UICN.

La destruction des forêts s’accompagne d’autres pressions : chasse, trafic d’espèces sauvages, développement de plantations illégales ou encore exploitation des ressources forestières. C’est dans ce contexte qu’est née Akatia, avec une double mission : lutter contre le trafic de primates et contribuer à la protection des forêts qui abritent encore leurs populations sauvages. En partenariat avec le Ministère des Eaux et Forêts, la SODEFOR et la Brigade Spéciale de Surveillance et d’Intervention (BSSI), Akatia assure aujourd’hui la gestion de 4 500 hectares de la forêt classée de Yapo-Abbé, qui s’étend sur 20 000 hectares, ainsi que des 1 200 hectares de la forêt classée de Comoé 1. Ces espaces abritent une biodiversité importante, dont des chimpanzés sauvages à Yapo-Abbé.

Cette gestion repose sur un dispositif de surveillance permanent. Cinq agents de la BSSI sont affectés à Yapo-Abbé et trois à Comoé 1. Au-delà de la sécurisation des camps, ils effectuent des patrouilles destinées à détecter et prévenir les activités illégales dans les deux forêts. Les équipes constatent notamment des traces de chasse et de plantations illégales, en particulier de cacao. Des actions de sensibilisation sont également menées ponctuellement auprès des communautés riveraines.

Chimpanzé - Akatia
Chimpanzé – Akatia

Akatia a par ailleurs formé huit écogardes issus des communautés locales au suivi écologique. Ils participent à la collecte de données sur la biodiversité à l’aide de 82 pièges photographiques. Ce dispositif est complété par des GPS et de téléphones dédiés aux observations directes et indirectes de la faune ainsi qu’aux points d’écoute. La répétition de ces suivis permet de comparer l’évolution de la biodiversité dans le temps et de mieux orienter les actions de gestion et de surveillance. Les données recueillies permettent ainsi de documenter la présence d’espèces menacées, comme Cephalophus maxwelli, mais aussi de suivre les différentes pressions exercées sur ces forêts. Le réseau de caméras constitue notamment un outil important pour suivre la présence des chimpanzés sauvages et des autres espèces, tout en mesurant l’évolution de la biodiversité au fil du temps. Enregistrées dans un tableau de bord, les données sont comparées dans le temps afin d’en dégager des tendances et d’orienter les actions de protection de la forêt.

Cette gestion des forêts complète le travail mené dans les centres de sauvegarde d’Akatia, où 11 chimpanzés et 6 petits singes sont aujourd’hui pris en charge. Protéger ces animaux implique aussi de préserver les écosystèmes dont dépendent leurs populations sauvages.